Jessica – 23ans
Inconnu à cette adresse – Kressmann Taylor
Jessica me fait une forte impression car … elle engage la conversation. Si vous êtes un homme sur Tinder, vous savez à quel point cela est rare tout autant que c’est appréciable ! Et si vous êtes une femme, et bien, faites-le ! Elle me conseille plusieurs livres et après lui avoir demandé un bref synopsis de chacun, je me décide pour Inconnu à cette adresse ; roman épistolaire assez court retraçant la montée du nazisme dans le début des années 30.

Le livre offre les points de vue de deux amis de longue date ; Martin, allemand vivant à Munich, et Max, juif dont je ne me souviens plus la nationalité, et qui vit à San Francisco. Les deux comparses sont partenaires d’affaire dans le commerce de tableaux, celui-ci se porte tellement bien à San Francisco qu’ils décident de renvoyer Martin en Allemagne afin de gérer la branche de l’autre côté de l’Atlantique.
A peine arrivée, Martin s’intègre parfaitement à la bourgeoisie allemande, en effet, il apporte dans ses bagages le luxe et la culture que la richesse locale peine à retrouver depuis la fin de la guerre. Une fois sa position de négociant aisé assurée, il entreprend d’agrandir son carnet d’adresse et d’aider une Allemagne perdue et désorientée. C’est à ce moment qu’Hitler fait son entrée sur le devant de la scène allemande. Les idées de ce dernier semblent fanatiques à Martin, mais en voyant l’Allemagne sortir de sa torpeur grâce au charisme et à l’énergie d’Hitler, il en vient à se demander si le mal n’est pas nécessaire pour réveiller son pays de l’état comateux dans lequel il se trouve.
Max suit, de loin, mais avec intérêt la montée du nationalisme allemand. Il ne s’inquiète pas spécialement pour son ami qu’il sait être dirigé par la raison et la logique, et non pas par la haine et la violence. En revanche, la situation de sa sœur le préoccupe, la vie d’une danseuse juive sur Berlin n’a plus l’air aussi frivole et rassurante. Il demande alors à Martin, ancien amant de ladite sœur, de veiller sur elle dans la mesure du possible.
Les semaines passent et les réponses de Martin se font plus rares à mesure que les idées d’Hitler lui semblent de moins en moins saugrenues. Puis, lorsque Max n’obtient plus de réponse de sa sœur, la panique le gagne et il supplie son ami de l’aider à comprendre ce qu’il se passe. Celui-ci répond qu’il était stupide de la part de sa sœur de chercher refuge chez lui lorsqu’elle était en danger, qu’il ne pouvait pas se permettre d’aider une juive sans ternir sa réputation et son rang. Il annonce ensuite à Max la capture et la mort de sa sœur avant de lui intimer de ne plus chercher à le contacter.
Max, devant ce qu’il estime être la trahison de leur longue amitié, n’a pas l’intention d’en rester là. Il va alors se venger en engageant une correspondance unilatérale qu’il sait espionnée par le gouvernement Allemand. En envoyant des séries de chiffres et de mots sans logiques apparentes, il va réussir à convaincre le régime nazi que Martin est un espion, et ainsi faire mettre aux arrêts son ancien ami.
Un excellent livre, bien écrit et agréable à lire. J’étais très impressionné d’apprendre qu’il s’agissait du premier livre de cette écrivaine. En effet, on ressent une grande maturité et une bonne maîtrise de son récit du début à la fin. Elle y décrit ce que j’imagine être un portrait très juste de l’Allemagne d’après première guerre mondiale, morose, apathique, en quête d’identité et d’objectif. Et la solution qui, bien qu’unanimement considérée comme folle initialement, va doucement faire son chemin à tous les échelons de la société pour finalement devenir une évidence.
En parallèle, il est très intéressant de suivre l’évolution de Max qui vit cela d’un œil extérieur tout en ayant tellement à perdre. Le style de ces lettres retranscrit très bien l’accroissement progressive de son angoisse et de son incompréhension. Sa vengeance est d’ailleurs particulièrement intéressante, il considère que Martin à trahit leur amitié et le lien qu’ils avaient, il va alors utiliser le système pour lequel son ami l’a abandonné pour le faire accuser d’un crime envers ce même système. En même temps qu’il fait condamner Martin pour ce qu’il est à ses yeux, un traître, il montre à son ancien ami (et à nous tous) les dérives et les dangers d’un système totalitaire.
Un très bon livre, assez court, qui se lit d’une traite et qui fascine autant qu’il fait peur. Je recommande fortement sa lecture à n’importe qui et si ça vous plait, je vous conseille également « L’ami retrouvé » de Fred Uhlman qui, pour moi, s’en rapproche mais avec un angle légèrement différent.
Après avoir lu le livre, j’ai essayé d’invité Jessica à boire un verre et je n’ai plus eu de réponse jusqu’à 8 mois plus tard. Elle a visiblement réinstallé Tinder, mais elle n’a plus cet entrain ni cette motivation à faire la conversation. N’étant pas du genre acharné, si quelqu’un ne cherche pas à relancer la conversation, je ne vais pas m’entêter. Dommage, elle avait de bons goûts littéraires.