Mégane – 22ans
Les Collisions – Joanne Richoux
Pas grand-chose à dire sur Mégane, une description (c’est déjà un début) somme toute assez banale, rien qui permette de lancer une conversation, donc j’entre directement dans le cœur du sujet et lui demande sa recommandation littéraire du moment. Vu qu’elle ne m’en recommande qu’un seul, je ne lui demande pas de résumé ou même le style du livre, je l’achète immédiatement.

A la réception du livre, c’est l’éclat de rire incontrôlable. Le quatrième de couverture est hilarant :
Gabriel et Laetitia entrent en Terminale Littéraire.
Il est brumeux et arrogant.
Elle est fière et sauvage.
Ils s’ennuient royalement au lycée,
et ils ont comme une envie
de le faire payer à tout le monde.
Ça tombe bien :
cette année, ils étudient Les Liaisons dangereuses.
Ça va leur donner des idées…
A ce niveau-là, je me dis que j’ai découvert une nouvelle pépite de nullité littéraire, mais, à ma grande surprise, même si l’intrigue du bouquin ne vole pas bien haut, il n’en reste pas moins assez agréable à lire.
Comme mentionné dans ce chef d’œuvre de synopsis, nous suivons deux lycéens mal dans leur peau. Gabriel, jeune homme brillant et « brumeux », fils d’un riche médecin qui traverse la vie comme un fantôme depuis la mort de son autre fils quelques années plus tôt. Celui-ci ne se rappelle l’existence de Gabriel uniquement lorsqu’il est convoqué dans le bureau du principal après une nouvelle frasque de sa progéniture ; quête d’attention parentale qui justifiera plus ou moins le caractère pugnace du gamin. Et la deuxième protagoniste Laetitia, fille d’une mère pauvre et complètement paumée qui trompe la violence du monde par une cure d’alcool et d’antidépresseurs ; plus ou moins les mêmes motifs que son homologue masculin, auquel vient s’ajouter une jalousie matérielle palpable.
Nos deux héros entretiennent une relation fusionnelle, conflictuelle, tout en étant parfaitement platonique, visiblement au grand dam des deux. Leur frustration et ennui respectif sont alors couplés au mépris qu’ils éprouvent pour l’ensemble de l’espèce humaine, et particulièrement à n’importe quelle personne fréquentant le même établissement qu’eux. Sur cette petite couche de mélodrame vient s’ajouter un généreux nappage de ce que j’appellerai la jalousie de la normalité ; une sorte de désespoir de voir les gens autour de soi heureux et satisfait de la vie, simplement parce qu’on a l’impression qu’ils sont trop naïfs pour se rendre compte du gigantesque piège qu’est l’existence.
Alors pour se distraire et en même temps se venger de ces méchants gens qui sont trop bêtes pour être malheureux, ils vont utiliser leur charisme naturel (n’oubliez pas, il est « brumeux », elle est « sauvage ») pour influencer et manipuler leur entourage en essayant de recréer une dynamique semblable à celle raconté dans … Les liaisons dangereuses. J’ai commencé Les liaisons dangereuses il y a quelques années, mais je ne l’ai jamais fini, alors je ne ferai pas d’étude comparative entre les deux œuvres.
Leur plan se divise en trois axes principaux ; numéro un, séduire la jeune et coquette professeur d’art plastique un peu déprimée d’être célibataire et prof dans un lycée après une thèse en histoire de l’art ; numéro deux, jouer les entremetteurs entre deux personnes virginales et les pousser à expérimenter, parfois trop vite et trop loin, leur sexualité ; numéro trois, rendre un mec un peu timide et solitaire complètement parano à coup de théorie du complot, intervention extraterrestre et contrôle du gouvernement.
Je passe donc rapidement sur l’exécution même des différentes phases du plan qui se passe très, trop bien, avec un amour naissant au creux d’une passion physique entre Gabriel et sa prof d’art plastique. Cela va rentre Laetitia particulièrement jalouse, au point qu’elle rendra public les échanges de SMS enflammés entre les deux tourtereaux, menant ainsi au licenciement et au déménagement de la prof d’art plastique. Se faisant nos deux héros se rendent alors compte qu’ils n’ont besoin que l’un de l’autre pour être heureux dans ce monde bien terne autrement (pour le pouvoir de l’amour, hip hip hip …). Le couple arrangé suit d’un peu trop prêt les conseils de nos deux Iago de service (Aladdin ou Othello, je vous laisse choisir), qui vont les orienter vers la passion un peu trop brute et mal maîtrisée, ce qui dégénérera finalement en une violence physique sans grandes conséquences si ce n’est la rupture du petit couple ainsi que la honte du garçon et un dévergondage exacerbé pour la demoiselle. Et enfin notre timide, devenu parano, qui fait une dépression nerveuse, et qui fini interné et sous médication lourde.
Et c’est là que le livre m’a un peu surpris, le parano de service revient enfin en cours après que tout se soit calmé sur les autres fronts, et que nos héros commencent enfin leur vie d’amoureux ; Il revient certes, mais armé d’un pistolet volé à son père gendarme, et dans une scène plutôt pathétique, tue Gabriel par « accident ». Et enfin Laetitia qui éprise d’une tristesse incontrôlable, estime que le monde sans son amour est trop laid, et se crève les yeux (le pouvoir de l’amour décidément).
Un livre plutôt plat, où il est assez dur de s’attacher et d’empathiser (ça existe) avec les personnages, car malgré les nombreux efforts de l’auteure pour nous faire comprendre qu’ils n’ont pas eu une vie facile, et bien, ce sont deux petits cons auxquels on a envie de mettre deux claques du début à la fin du livre. Ils ruinent la vie de pauvres personnes autour d’eux juste pour se distraire, et quand leur vie déraille devant nous (en conséquence directe de leurs actions), on nous demande de verser une petite larme. Toutefois, tout dans le livre n’est pas à jeter, même s’il est caricatural, je pense qu’il est juste dans sa retranscription de l’adolescence, les doutes, les tâtonnements, la recherche de soi et la quête d’approbation des autres. La démarche parait sincère, et le livre est assez bien écrit pour que l’expérience soit agréable en dépit de personnages légèrement insupportables et d’un scénario prévisible.
La conversation s’est arrêtée juste après que je lui ais dit ce que je pensais du livre, elle m’a seulement dit qu’elle était surprise que je l’ai vraiment lu.