Sulak

Puzzle- 24ans

Sulak – Philippe Jaenada

Aucune photo de la demoiselle, et une description pour le moins cryptique. Lorsque je lui demande sa recommandation, elle répond avec excitation qu’elle ne m’a matché que pour ça. Même si c’est assez légitime au vue de ma description, ça met un petit coup à l’égo que j’ai fragile.

Comme le nom du livre le laisse présager, nous allons suivre la vie et le déclin du célèbre criminel Bruno Sulak. Je dois l’admettre, j’ignorai complètement l’existence de cette personne jusqu’à la lecture du livre et pendant quelques chapitre j’ai vraiment cru qu’il s’agissait simplement d’un personnage de roman avant de me renseigner un peu. Et il semblerait que l’auteur soit resté relativement fidèle aux faits, tout du moins tels que retranscris par les différents acteurs de cette incroyable histoire.

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Une belle histoire

Car il faut bien l’avouer, on suit un homme qui semble surréel dans sa passion, sa vision de la vie et la manière dont il a décidé de la vivre. Au-delà d’une simple retranscription des pérégrination de Mr Sulak, l’auteur semble avoir effectué un véritable travail d’enquêteur sur l’ensemble des acteurs qui ont ponctué la vie de Bruno Sulak. Il obtient ainsi un portrait détaillé et personnel qui évolue au fur et à mesure de ses rencontres.

Vu qu’il ne s’agit pas d’un personnage de fiction, il me semble assez malvenue de faire une critique de son caractère et de ses intentions, toutefois je vais me permettre d’expliquer ces motivations car celles-ci reflètent une véritable réflexion sur la société et la vie. De plus même si les acteurs sont bien réels, le récit qui en est tiré et la manière dont il est retranscrit est bien la seule responsabilité de l’auteur, je m’attarderai donc également sur cet aspect.

Le Bruno Sulak décrit ici nous montre un homme à l’honneur et aux loyautés exacerbés. Fils d’immigré en période d’après guerre, il se retrouve rapidement piégé par le système des permis pour les immigrés et leur progéniture. Il fait une brève carrière dans l’armée où ses aptitudes et son charisme ne passent pas inaperçus. Il quitte sa caserne sans permission pour voir sa famille un week-end, quand un déploiement surprise de son unité fait de lui un déserteur.

En parallèle, on suit également l’enfance et l’adolescence de deux autres protagonistes qui joueront un rôle essentiel dans la carrière de braqueur de notre « héros »; Novica Zivkovic et Drago, une serbe et un yougo qui n’auront pas des débuts faciles en France, et dont les vies s’entremêleront avec celle de Bruno Sulak. Chacun d’eux va progressivement rentrer dans l’univers de l’illégalité autant par choix que par simple refus de banalité.

S’en suit une série de braquages, arrestations, évasions, cavales sans fin et majoritairement sans violence. En effet Mr Sulak refuse l’ordre établi et la vie de labeur qu’ont dû endurer ses parents, il recherche donc une échappatoire à cette fatalité qui le hante sans pour autant abandonner des valeurs profondément humaines; la générosité et l’empathie.

Sa lutte est contre le quotidien, la banalité et dans une certaine mesure la société capitaliste qui a crée et renforcé ce mode de vie. Tout au long de sa vie, il s’attaque donc à des grandes enseignes et ne vole jamais des personnes directement. Au contraire, il en vient même à faire des « cadeaux » à la population en volant et détruisant les chèques que les clients ont fait aux établissements qu’il cambriole. De plus il déteste la violence, et préfère renoncer à son butin plutôt que de blesser quelqu’un, ce qu’il fera à plusieurs reprises. Tout cela lui donnera une image public assez favorable et une relation avec les forces de l’ordre assez ambivalente, car il est difficile pour la police de justifier l’usage de violence contre quelqu’un qui semble inoffensif même si hors la loi.

Bref, on suit une vie et une philosophie très intéressante et je recommande à quiconque de se renseigner un peu sur le bonhomme dont l’honneur et le charisme naturel lui ont permis de vivre une existence peu ordinaire et hors d’un système qui nous a tous, à un moment, frustré. Et la beauté dans tout ça et qu’il y arrive en restant profondément humble et humain.

Pour ce qui est du livre en lui-même, je l’ai détesté. L’auteur écrit comme il pense, et personnellement, je trouve cela insupportable. Il fait des parenthèses et des apartés toute les deux pages. Je comprends son objectif, il veut ajouter de la crédibilité et de la pertinence en rajoutant des anecdotes : « il attend son complice dans ce café (où, 20 ans plus tard je rencontrerais ledit complice lors d’une interview) », ou bien « pendant ce temps là, un jeune moi était en train de regarder le journal télévisé à Vierzon ». Ce n’est pas la première fois que je dois faire beaucoup de pause pendant la lecture d’un livre, mais c’est la première fois que je le fais par pure frustration d’être complètement sortie de l’immersion dans laquelle l’auteur m’avait lui-même plongé.

Il semblerait que ça soit une sorte de marque de fabrique pour cet auteur, et cela doit toucher certaines personnes; la demoiselle qui m’a proposé ce livre m’a également conseillé l’ensemble des œuvres du même écrivain. Toutefois cela ne marche pas du tout avec moi, dans ce genre de récit, pour augmenter la crédibilité des informations obtenus par l’auteur, j’aurai préféré, soit une préface conséquente où il explique plus en détail le travail de recherche qu’il a effectué, ou bien des notes en bas de page. Je ne pense pas que forcer le lecteur dans une reconnaissance du travail de recherche qui a été fait pour l’écriture soit une bonne idée, mais encore une fois, ce n’est que mon opinion.

Vu que Puzzle avait l’air enthousiaste à l’idée de partager ses goûts littéraires, je lui ai donné l’adresse de ce blog, elle a surement crû qu’il s’agissant d’un scam ou d’un porno et m’a supprimé dans la foulée.

 

 

 

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