Imperial Bedrooms

Emilie – 27 ans :

Imperial Bedrooms – Bret Easton Ellis

Fait intéressant, Emilie est une jeune femme américaine qui avait l’air très intéressante et captivante (quelque chose dans le regard et la description). Elle m’a conseillé en premier un recueil de poème de Bukowski, qui est assez loin d’être mon auteur préféré. Donc je lui ai demandé une deuxième option qu’elle m’a fourni en ce livre de Bret Easton Ellis, auteur américain assez réputé dont plusieurs livres ont déjà fait l’objet d’adaptation cinématographique.

Imperial bedroom
A lire à l’occasion

Autre précision, j’ai lu ce livre en anglais, et ce n’était pas évident. Je suis généralement assez confortable avec la langue de Shakespeare pour pouvoir comprendre l’essentiel, mais ici l’auteur recherche les tournures de phrase tortueuses et un vocabulaire volontairement flou. Tout cela correspond à l’ambiance générale du récit, mais pour un non anglophone, la tâche peut se révéler ardue. Tout cela pour dire que beaucoup de subtilité du livre a dû m’échapper et que ma mémoire (la lecture remonte à 6 mois) concernant le livre ne sera pas aussi aiguisée que pour d’autres œuvres.

Ce livre est la suite de Less Than Zero, il en reprend les personnages décadents et autodestructeurs, ceux-ci ont vieilli, mais pas tellement grandi. Enfin c’est ce que j’en ai compris, car comme pour d’autres livres conseillés par des match, je n’ai pas eu la chance qu’on me recommande le premier tome. Contrairement à d’autres, pour celui-ci, j’ai la forte sensation qu’il aurait été plus qu’appréciable d’avoir suivi les aventures du premier opus pour bien comprendre les interactions, ou plutôt l’absence d’interaction, entre les différents personnages. Je vais donc faire de mon mieux pour me remémorer les différents événements et essayer de comprendre les intentions de l’auteur.

Nous suivons Clay, un scénariste nihiliste de New York qui revient dans sa ville natale, Los Angeles, afin d’effectuer un casting pour un film sur lequel il travaille. Durant son passage, il décide de revoir quelques-uns de ses anciens amis tout en profitant allègrement de son pouvoir décisionnel dans le choix du casting afin de séduire des femmes.

Il va alors se retrouver embarqué dans une spirale de problèmes qui relient ses anciens amis et sa dernière conquête. Intrigue morbide mêlant proxénétisme, drogue, meurtre et évidemment beaucoup d’argent, tout cela déferle sur lui dans sa plus grande indifférence. Et en épargnant la plupart des détails, une fois tout cela « résolu », Clay n’en ressort toujours pas grandi, ni changé, mais seulement en ayant une plus grande compréhension de qui il est ; un homme vide.

Et c’est ici que l’intérêt du livre repose, bien qu’il lui soit possible à une bonne centaine de reprise de sortir de cette spirale, celui-ci décide de se laisser submerger. Il n’affronte pas les problèmes par amour pour la femme qui partage son lit, pour laquelle il n’éprouve qu’un désir primaire ; pas par amitié, par nostalgie des moments plus ou moins intimes passés avec ses anciens compagnons d’aventure. Pourquoi alors continuer, s’il n’y a pas de raison valable pour lui de s’enfoncer dans cet imbroglio ? Et bien justement parce qu’il n’a aucune raison de vouloir s’en sortir, pas plus qu’il n’en a pour ne pas s’en sortir.

Cette vacuité de sa vie, de son cœur, de ses sentiments est l’objet central de ce livre. Qui sommes-nous si on se résume à nos besoins les plus primaires, boire, dormir, manger, baiser ? La réponse que donne ce livre, selon-moi, est la bestialité primaire ; aucune convention sociale, aucune notion de moralité ou de légalité. Si on ajoute à sa la complexité du cerveau humain, on se retrouve juste avec une soif insatiable de remplir le néant de l’âme par des artifices extérieurs que sont le sexe, l’alcool et la drogue. Un autre aspect intéressant selon moi est le manque d’intérêt du personnage pour l’argent et le pouvoir en eux-mêmes, il souligne leur rôle de simples outils afin d’obtenir les trois « besoins » précédents.

Je vous passe le dernier chapitre où Clay s’abandonne complètement à la luxure en allant jusqu’aux extrêmes, l’auteur explorant les limites de la moralité et renvoyant l’homme au simple statut d’animal tenu en laisse par la société jusqu’à ce qu’il ne le soit plus (homme ou tenu en laisse, au choix).

Un bouquin assez marquant, en tout cas qui donne à réfléchir pendant sa lecture, et qui laisse un goût âpre dans la bouche, dans le cerveau et dans le cœur. Je me souviens mieux des réflexions que j’ai eu après avoir fini le livre que des événements qui se déroulent dans le livre ; pas idéal quand on essaye d’en écrire un résumé, je l’admets. Mais un bon livre, fort, et il apparaîtrait que ça soit une marque de fabrique chez cet auteur dont je vais très certainement acheter d’autres livres dans le futur.

Après avoir lu ce livre qui, même s’il n’est pas du goût de tous, est vraiment bon, j’avais très envie de boire un verre avec Emilie et d’avoir une conversation qui s’annonçait intéressante, après quelques propositions et contrepropositions afin de trouver une date convenable, Tinder a décidé de supprimer Emilie de ma liste de contact, à mon grand désarroi (je pensais qu’elle m’avait supprimé), mais quelques semaines plus tard, la voila de nouveau dans ma liste de contact, mais cette fois plus de réponse de sa part. Une belle occasion manquée selon moi.

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