Florence – 24 ans:
Au Japon, ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime – Elena Janvier
Pas grand chose de particulier à dire sur Florence, pas de description et des photos plutôt hétéroclites d’une jeune femme mignonne, un tout petit peu garçon manqué. Elle me demande d’abord mes préférences littéraires avant de faire une suggestion ce à quoi je ne répond que le but n’est pas de me conforter à un style/genre que j’aime déjà, mais de découvrir de nouveaux horizons.

Ce livre se présente sous la forme d’un dictionnaire, chaque lettre a son chapitre et à l’intérieur des chapitres, on retrouve, non pas la définition des mots ainsi listés, mais la comparaison entre la France, et la culture occidental de manière plus générale, et le Japon vis à vis du mot en question. Cela peut être des choses aussi simple que chewing gum, ou alors des concepts plus abstraits, comme une couleur ou une émotion.
Et je dois dire que c’est fascinant autant par le concept que par la forme. Je pense qu’il doit exister beaucoup d’ouvrage dont l’objet principal est la différence de culture entre deux, ou plusieurs endroits. Toutefois, en s’affranchissant complètement d’une construction narrative classique, l’auteure peut se permettre de considérer les différences d’une multitude d’angles différents et d’importances différentes, du plus évident au plus subtil.
Je me considère comme aimant la culture japonaise, ou tout du moins le peu qui nous en parvient en Europe. Bien évidemment, en bon français qui n’est jamais allé au Japon, ça veut dire aimer les manga et les animes depuis ma plus tendre enfance, et hormis ce qui y est représenté, je dois avouer que je ne connais que très peu les autres aspects de la culture japonaise (musique, film, télévision …). Toutefois, je pourrais débattre longtemps que le médium du manga permet de traiter une diversité de sujet impressionnante, et par conséquent m’a donné l’impression d’avoir une compréhension assez globale, même si plutôt superficielle du Japon et des japonais. De plus, j’ai eu l’occasion de travailler de manière assez proche avec des japonais, en tant que collègue et subordonné. Et la plupart des explications et différences expliquées dans ce livre ont résonné avec ce que j’imaginais du Japon.
Le livre n’aillant pas d’autres buts que cette comparaison, je vais me permettre de vous donner quelques exemples et de vous détailler pourquoi est ce que ces différences, bien que potentiellement subtiles ont un vrai intérêt:
Les corbeaux; si vous lisez quelques manga, vous vous rendrez rapidement compte de la prépondérance des corbeaux dans l’imagerie japonaise. Pour les Européens, le corbeau représente une forme sinistre, souvent associé à la mort, et nous lui attribuons généralement la même signification dans les œuvres japonaises (ça rajoute un petit côté dark de se dire que l’équipe de foot locale se font appelé Les Corbeaux). Alors qu’au Japon, on nous explique ici que les corbeaux sont seulement l’équivalent des pigeons de part leur banalité et leur nombre. Ca fait de suite moins classe mais ça explique pourquoi les dessinateurs mettent des corbeaux partout.
Le conflit; il suffit d’avoir travaillé avec un japonais pour s’en rendre compte, les japonais déteste le conflit et feront tout pour éviter de mettre quelqu’un en colère, même si cela veut dire lui mentir ou même garder le silence plutôt que d’expliquer quelque chose de négatif. Cela peut être particulièrement frustrant quand on veut juste une explication et que la personne reste juste silencieuse plutôt que de nous dire que nous sommes trop en avance à une exposition ou que le projet est annulé.
Fûmer; comme dans beaucoup de société moderne, la nicotine est un problème de santé publique que le gouvernement essaye de limiter, toutefois la manière dont cela est fait est plutôt représentative de notre société et de la place de l’individu dans celle-ci. En France et en Europe, nous avons les fameux « Fumer tue, fumer provoque l’impuissance, fumer augmenter le risque de cancer » agrémentés d’images, souvent morbides. Au Japon, on retrouve des distributeurs de cigarette un peu partout mais il faut une carte donner par la municipalité pour pouvoir l’utiliser et sur les paquets, les avertissements sont plutôt « Fumer nuit à votre entourage, fumer peut donner le cancer aux enfants autour de vous ». On se concentre sur la nuisance que l’on représente pour les autres plutôt que inconvenance que peut amener la cigarette pour soi-même.
J’ai prit énormément de plaisir à lire ce petit livre, et encore plus à en discuter avec les gens autour de moi, et notamment avec ceux aillant eu la chance de visiter le Japon, pour leur demander leurs avis et leurs impressions sur tels ou tels fait, savoir s’ils l’avaient remarqué ou si cela passait inaperçu dans le quotidien. Bref, si la culture japonaise ne vous est pas totalement indifférente, je pense que c’est une bonne source d’information sans être trop chronophage.