Camille – 22 ans :
Altered Carbon – Richard Morgan
Camille est une jeune fille tout à fait charmante avec une description légèrement orientée geek qui, par conséquent, me plait beaucoup. La conversation est fluide et intéressante. Elle me conseille Altered Carbon de Richard Morgan, premier opus d’un cycle contenant trois livres. Ce premier opus a été adapté très récemment par Netflix en une série de dix épisodes que j’ai binger en quelques jours et qui m’avait assez séduit je dois l’admettre. Camille n’avait pas vu la série et j’ignorai qu’elle était adaptée d’un livre, nous avons donc partager notre enthousiasme mutuel malgré la différence de média.

Souvent, lors d’une adaptation d’un livre vers le grand écran, une grande partie du contenue peut se retrouver affaibli, et comme l’ensemble des fans d’Harry Potter me le répète à chaque fois « les livres sont vachement mieux ». Parfois la raison est d’ordre budgétaire ou par choix d’identité visuelle/idéologique, mais la plupart du temps il s’agit purement d’un problème de temps; il est compliqué de résumer en 1h30/2h ce qu’il se passe en plusieurs centaines de pages sans devoir diluer le contenue et même carrément occulter des pans entiers du bouquin. Mais dans le cas présent, l’adaptation se fait sur 10 épisode de 50 minutes ce qui laisse parfaitement le temps de développer des tensions, des relations, des intrigues sans avoir besoin de rusher le dénouement. Il reste toutefois à diviser le livre en 10 parties plus ou moins équivalentes en longueur tout en gardant un rythme qui maintiendra le spectateur devant l’écran. En résumé, des problématiques intéressantes qui n’ont fait qu’accroître mon intérêt pour l’oeuvre littéraire. Avant de me jeter à l’eau, je conseil au gens de lire le livre en anglais; en effet l’ambiance et l’univers décrit sont assez particuliers (même si rien d’inédit dans le monde de la science fiction) et le vocabulaire utilisé contient beaucoup de mots inconnus qui offrent des subtilités et des nuances que j’ignorai. Cela demande d’avoir un dictionnaire à portée de main ou de se faire une liste à traduire plus tard, mais je pense que ça vaut le coup, même si j’imagine que la traduction est, elle aussi, de bonne facture.
Un petit peu de contexte à présent, nous sommes dans le futur, un futur technologique avec ce qu’il y a de bien et … de beaucoup moins bien. Chaque être humain possède, à la base de son crane, une sorte de disque, appelé « stack », qui contient l’ensemble de son esprit, et il est possible de télécharger le contenue vers de nouveau corps vierge (appelé « sleeve »), le processus peut s’avérer coûteux ou laborieux si on n’a pas les moyens de se fabriquer un corps sur mesure, déjà du bon âge, et parfois avec des améliorations génétiques ou mécanique. On se retrouve donc avec une caste d’humain ultra riche qui vivent depuis des centaines d’années et qui, grâce à leur revenue et leur influence … et bien gagne encore plus d’argent et d’influence. Petit fait intéressant, que cela soit dans le livre ou dans les séries, c’est humains immortels (les « Meth ») vivent dans une tour au dessus des nuages et de la pollution et leur hauteur dans la tour représente leur importance, métaphore pas si subtile que ça, mais néanmoins plutôt efficace, de l’échelle sociale à laquelle il manque pas mal de barreau.
Nous suivons Takeshi Kovacs, un ancien élément d’une unité spéciale dont le rôle était d’intervenir sur différente planète en incarnant des sleeves disponibles sur place par un simple transfert de fichier/conscience, économisant ainsi le temps de transport. A la suite d’événements qui diffèrent entre le livre et la série, sa conscience se retrouve en prison pour plusieurs générations (de son point de vue, il est comme cryogénisé), et il se réveille dans un corps d’homme équipé de pas mal d’améliorations spécialisées pour le combat (sens améliorés, endurance boostée … mais sans modification mécaniques). On apprend assez rapidement qu’il a été sortie de sa sentence sur la demande d’un Meth, LE Meth, Mr Bancroft, qui souhaite utiliser ses talents d’enquêteur pour élucider un meurtre, son propre meurtre.
En effet le cadavre de celui-ci a été retrouvé dans son appartement, scellé depuis l’intérieur, sans aucune trace d’effraction; bien sur la dernière sauvegarde de sa conscience fut immédiatement téléchargée dans un de ses nombreux clones. Malgré toutes les preuves ainsi que l’enquête de la police qui concluent à un suicide, Bancroft estime qu’il se connait assez pour décréter qu’il est parfaitement impossible qu’il puisse ne serait-ce qu’envisager le suicide.
S’en suit une enquête assez intense qui mêle intrigue et trahison chez les Bancroft, le passé sombre et plutôt tragique de Takeshi et également celui du corps qu’il occupe actuellement qui appartient à un ancien flic condamné injustement ou pas, pour avoir fouillé là où il n’aurait pas dû. C’est un peu trop entourloupé pour que j’en raconte l’ensemble ici, et également bien écris/raconté, donc je vous invite plutôt à découvrir par vous même ce qu’il s’y passe.
Une des charnières centrales de l’histoire tourne atour de la désacralisation du corps et de la relation corps/esprit, qui est d’ailleurs mis en avant très tôt par la présence d’une manifestation contre un article de loi, et ce dès le réveil de Takeshi. Cet article de loi stipule que même chez les religieux qui sont contre la « résurrection » via transfert de conscience, il serait possible en cas de meurtre, ou de soupçon de meurtre, de réveiller la victime, au moins temporairement, afin de trouver le coupable plus rapidement. Au-delà de la loi en elle-même, la dissociation corps/esprit est très bien gérée et mis en avant par un autre détail omniprésent, l’addiction à la nicotine; le corps qu’utilise Takeshi est un fumeur, et il se retrouve donc avec l’envie perpétuelle de cigarette malgré le fait que son esprit n’a aucun souvenir d’avoir jamais fumé, et la gestuelle, la mémoire corporelle de cette habitude est comme un fantôme du propriétaire original du corps qui hante Takeshi durant l’ensemble de l’histoire.
Un autre centre d’intérêt du scénario est, comme expliqué rapidement au début de cet article, les inégalités sociales, mais pas seulement leur existence, mais également leur évolution et leur décuplement de concert avec les évolutions technologiques. C’est un sujet assez classique dans les histoires de futurs technologiques qui se décline en dystopie, ce qui est original ici c’est le parallèle qui est fait entre les différences.
Malgré les différences de scénario entre la série et le livre, j’ai trouvé l’esprit ainsi que la morale véhiculée incroyablement similaires et bien retranscris. Et les différences se justifient principalement, certes par une légère simplification des relations entres les personnages pour les rendre plus digestes, mais surtout par un choix d’identité visuelle délibérée. Par exemple l’intégration de scène de guerre/d’action à grande échelle qui est visuellement très bien faite et donne une autre dimension aux personnages et qui est tellement moins attractive à l’écrit (les scènes de guerre peuvent rapidement devenir fades et confuses à l’écrit, alors qu’elles captent l’attention sur un écran). Ou bien le choix de donner une apparence à l’intelligence artificielle de l’hôtel, aucun intérêt dans le livre d’avoir un hologramme parler et bouger pour qu’on s’attache à ce personnage, si on peut l’appeler comme ça. Alors que dans la série, et bien l’ensemble des intelligences artificielles ont leur avatar, et cela rend leurs apparitions et interactions plus organiques et plus faciles à suivre pour nous.
Après avoir lu le livre et un peu discuté de la SF d’une manière générale, Camille m’a supprimé de ses contacts ou à supprimé son compte, je n’ai donc pas eu la chance de la rencontrer.